mardi 28 décembre 2010

C'est l'heure, hop !


Le cadavre de Milton Friedman est encore chaud.
Quelques rats étiques le rongent comme ils peuvent, près de l'immense cheminée de la salle.
Ici, une main découvre ses jointures.
Là, le jarret droit est boulotté en aussi peu de temps qu'il n'en faut à Pascal Lamy pour extraire de son nez une pièce gluante.
Sur la longue table qui sert au banquet, on a installé des chandeliers, des coupes de fruits pourris autour desquels volettent des drosophiles agitées, des morceaux de gibiers d'où sortent des asticots, des gratins recouverts de moisissures duveteuses et grisâtres. Sur les nappes en dentelles, les verres de vin se renversent régulièrement.
Les éclats de rires rythment ces maladresses.
Comme tentures, on a dressé aux murs les drapeaux des pays de la Zone Euro. Ils sont maculés de taches de graisse et de boue.
Un orchestre de bal joue des hymnes et des morceaux folkloriques européens dans des arrangements actuels. Une bourrée auvergnate chantée façon Kelly Minogue côtoie une polka tchèque produite par Timbaland.
La salle est sombre. La fumée des cigares pique les yeux.
Une immense jarre recueille des euros sonnants et trébuchants expulsés par un conduit du plafond.
Le tout a un aspect bizarrement médiéval.
On a fait entrer la délégation Estonienne.
Andrus Ansip prend la tête. Il paraît effrayé. A ses côtés, tremblant comme un poussin venant de naître, le directeur de la banque centrale Estonienne est convié à se mettre à table.
Il se demande à cet instant ce qu'il lui a pris d'avoir si bien travaillé à l'école. Ses parents auraient dû le prévenir.
C'est à cela qu'il pense, des larmes roulant sur ses joues, en avalant les bouchées de cerf faisandé qu'un Jean-Claude Trichet, hilare, lui présente.

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