lundi 7 février 2011

Ritournelle


L'expression "chiffe-molle" tournait dans la tête d'Ulrich comme un mantra stupide, lancinant et poisseux. Ses axones en étaient souillés ; ça faisait un ronron, tel un tube de François Feldman que le psychisme ne peut combattre.

"chiffe-molle, chiffe-molle, chiffe-molle..."

ça le suivait depuis le matin. A la boulangerie, déjà, quand il s'était fait doubler par une vieille bique perruquée. Puis au bureau, quand Damien, le chargé de relations publiques lui avait fait comprendre que la communication du Transit n'était plus son affaire, mais bien celle du pôle de communication. "Chiffe-molle, chiffe-molle..."

"Qu'ai-je fait, mon dieu, se lamentait Ulrich, errant dans les couloirs sordides du Transit (les locaux administratifs du Transit, à l'instar de nombreux équipements culturels du Pays, ressemblaient à ceux d'une entreprise de placoplatres ou de robinetterie. On y ressentait fortement l'angoisse des rapports hiérarchiques subis, des humiliations invisibles, de l'incorporation des rites d'hypocrisie managériale).

"Qu'ai-je fait pour mériter ça ?"

Sur le plateau de la salle Gilbert Lafaille où sa dérive hypnotique l'avait conduit, des enfants répétaient une pièce de Marc Lévy dans laquelle il était question de bonheur et de filiation. Il resta figé devant une ronde magnifique de petites filles et de petits garçons entourés de guirlandes lumineuses. Ceux-ci s'arrêtèrent ; et dans un silence gênant où chiffe molle résonnait de plus belle, regardèrent Ulrich qui pleurait.

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