samedi 16 juillet 2011

L'employé du mois au festival de Mioussac


Au bar du festival de Mioussac.
La dernière représentation de Bâtard et fils de Dieu vient d'avoir lieu dans la cour du couvent des Gourgandines. Constantin Glandier est arrivé avec son équipe. Ils sont applaudis par quelques uns. Il fait encore bon, malgré la nuit. Des lampions multicolores forment des réseaux suspendus, comme des auréoles bohèmes fantasmées, au dessus de festivaliers jubilants. Dorian, le chargé de communication du Transit avait fait le voyage depuis Bourzache. C'était son premier festival de Mioussac. Il sautillait et souriait comme un gosse excité et un peu stupide. Sa flûte de champagne en plastique à la main, il s'approche de Kevin Proctor, son homologue du TGV à Crevez-sur-Rouston.
- Salut Kevin.
- Salut Dorian.
- ça déchire, hein ?
- Ouais, c'est énorme.
- Il a l'air content, Constantin, ça fait plaiz.
- Ouais, il a eu de supers papiers. Avec ce qui est arrivé hier, il le prend bien, c'est cool...
- De quoi ?
- T'es pas au jus ?
- Non, je viens d'arriver, en fait. J'ai pas eu d'infos.
- T'sais, un type l'a agressé hier, pendant la table ronde.
- Ah ouais ? Qui ça ?
- Oh, un dingue.
- Ah d'accord. Putain.
- Ouais, c'était dingue...

Kevin et Dorian boivent à l'unisson, levant les yeux chacun dans deux directions différentes, à la recherche d'un professionnel qu'ils pourraient connaître.

- Et sinon, vous êtes contents de votre saison au Transit.
- Ouais, génial.
- Cool.
- Tu vois, ce que j'aime dans ce boulot, c'est surtout faire plaiz aux gens, tu vois. Et la médiation sociale. On a un super projet d'atelier mime dans le quartier sensible du Plandu, avec la police municipale de Bourzache et un clown tchèque, énorme, tu vois il fait des trucs avec sa langue.
- Génial.

Un rire féminin traverse l'espace et va se coincer dans un olivier couvert d'affiches.

"Eh ! C'est pas Gilbert Dieu là-bas avec ta patronne ?"

Thérèse Navarian essayait d'intéresser un homme aux longs cheveux blancs dans un costume en lin froissé, qui mangeait frénétiquement des cacahuètes.

"Si, si, c'est Gilbert Dieu. Avec le Transit, on monte son prochain one-man.
- Génial !
- Tu m'excuses...
Dorian se débarassa de Kevin d'un sourire et fila rejoindre sa directrice.
Il s'était mis juste derrière son coude gauche. Gilbert Dieu racontait comment il avait mouché un célèbre réalisateur de cinéma ; autour de lui, tous souriaient de contentement, non à cause de l'histoire, mal racontée au demeurant, mais parce qu'ils étaient dans le cercle étroit, proches au sens propre, du plus grand acteur français.
Dorian rit de la chute, en rejetant sa tête en arrière, soufflant sa fumée de cigarette vers le haut, dans une attitude dégagée et ostensiblement assurée. Thérèse le remarqua subitement et se tourna vers lui.
"Ah, t'es là, toi ?"
- mmmmh...dit-il, le nez dans sa flûte en plastique.
- Dis-donc, va plutôt voir là-bas Marie-Odile Dorifor. Elle a besoin d'un dossier sur Bâtard...
et elle se retourna, comme une mère prussienne.
- Ok, pas de souss'...tout de suite..."fit Dorian en souriant encore, mais différemment.
Mais personne ne prêtait attention à lui.
Il chercha Marie-Odile Dorifor, évitant au passage Jean-Toussaint Blanville qui portait ce soir une sorte d'absurde gilet d'hermine sous lequel il était torse nu. Il parlait fort et semblait se moquer de lui-même et des autres, ici, sous les oliviers de Mioussac.
Il était à deux doigts de l'épaule de Marie-Odile, quand un jeune type lui barra le passage en lui disant qu'il était de Bourzache, qu'il aurait des choses à leur montrer au Transit, plein de projets, oui oui, très bien voyez plutôt à la rentrée hein, là c'est le festival, donc appelez plutôt la secrétaire, oui, non non pas de dvd, merci, allez à bientôt, bouffon va, Marie-Odile ?

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