mardi 12 juillet 2011

Jean-Toussaint Blanville à Mioussac



Un véritable déluge. Des rideaux de pluie ("des rid'eaux" pensa Jean-Toussaint Blanville à l'autre bout de Mioussac, à l'abri dans un café ) s'abattaient sur la ville et son festival. Le sud du Pays était en alerte vigilance orange. Thérèse contemplait ces vagues d'averses, faisant comme des blocs sur les tables du Café 1900 où elle avait trouvé refuge, derrière son Martini rouge, celui de 17h.
Elle avait un air absent, car elle pensait. Elle revoyait la soirée de la veille, au bar du festival. Elle revoyait Jean-Toussaint Blanville, l'artiste de Bourzache, venir s'introduire dans la cour des grands, faire le malin. Elle savait qu'il serait à Mioussac, ayant peut-être un spectacle dans le "Out", du moins elle s'en foutait : depuis qu'il avait ruiné la soirée de présentation de saison du Transit, Thérèse ne voulait plus entendre parler de lui.
Jean-Toussaint Blanville s'était présenté au bar du festival, le bar du "On", après le spectacle d'ouverture, c'était bien prévisible. Il avait sans doute une invitation et tout le monde s'y trouvait. Pour un type comme lui, c'était incontournable. Jean-Toussaint Blanville était un performer mondain, vedette de l'underground malgré lui et paria de l'institution. Dandy alcoolique et brillant, il trainait sa silhouette de génie tricard dans tous les open-bars, inaugurations, fêtes semi-privées, où des décideurs pouvaient se trouver. Son mépris des politiques culturelles n'avait d'égal que sa soif de gloire, ce qui pouvait le mettre dans des situations équivoques dont il s'accommodait facilement avec quelques flatteries d'usage. Vénéré des étudiant aux Beaux-Arts, la cinquantaine passée, Jean-Toussaint Blanville vivotait comme il le pouvait, grâce à quelques subsides publics et quelques admirateurs privés. Des festivals alternatifs continuaient de programmer ses pièces (des spectacles invraisemblables au delà du bien et du mal esthétiques) ; il avait tout autant de mépris pour ces programmateurs faussement indépendants que pour l'institution labellisée. Son affabilité lui offrait beaucoup d'amis, quand son narcissisme délirant le rendait insupportable. Tout encombré de lui-même, un désespoir profond lui intimait pourtant de continuer.
Ce soir-là, au bar du festival, il n'avait pas fait de happening. Thérèse Navarian l'évita tout en l'observant de loin serrer des mains, claquer la bise. Ah tiens, il connait Marie-Odile Dorifor ?
A l'autre bout de Mioussac, Jean-Toussaint Blanville repensait lui-aussi à cette soirée. Au fait d'être là, à Mioussac. Aux paroles de Marie-Odile Dorifor. Il pensait à l'argent. Il pensait aux choses qu'il ne pourrait plus faire.
Était-ce la pluie, ou ses propres larmes, qui se répandait sur son Ipad ?

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